Soins Palliatifs : la musique adoucit les douleurs

Soins Palliatifs : la musique adoucit les douleursUn projet de recherche, associant une violoncelliste et des médecins, évalue l’efficacité de la musique pour réduire la douleur des patients au cours d’actes médicaux.

MODE D’ACTION. C’est un pansement qui ne guérit pas, ne remplace pas non plus la morphine mais fait du bien au corps. Son nom ? le pansement Schubert. Son mode d’action, des sons sortis de la vibration d’un archet de violoncelle qui diminuent la douleur et l’anxiété de patients en fin de vie. Cette expérience de musicothérapie “vivante”, soutenue par la fondation Apicil est en cours depuis 2014 à l’hôpital Sainte-Périne (Paris) dans un service pionnier de soins palliatifs créé il y a 22 ans. Elle commence à livrer ses bienfaits : moins 10 à 30 % de douleurs pour les patients quand la musique est jouée en live dans la chambre au moment de la réalisation des gestes médicaux (pansements, prise de sang, pose de sonde…) !

Tout a commencé par hasard il y a quelques années par la rencontre d’une musicienne, Claire Oppert, concertiste et musicothérapeute, avec une patiente démente dont l’agitation constante, particulièrement au moment des soins, rendait la tâche des soignants plus que difficile. Un jour, la musicienne a eu une intuition. Lors d’une énième agitation, elle s’est mise à jouer le célèbre mouvement lent du 2e trio de Schubert (l’un des thèmes de Barry Lindon de Stanley Kubrick). Immédiatement, la malade s’est calmée et les soins ont pu être réalisés en toute sérénité. Mieux, dans les jours qui ont suivi, ils n’ont été possibles que si la musicienne et son instrument étaient présents dans la chambre ! Le nom du pansement était trouvé. Depuis, est né un projet de musicothérapie dite vivante, différente de l’écoute d’un enregistrement musical et incluant bien d’autres compositeurs. Démarré en 2014, il est toujours en cours à l’hôpital Sainte-Périne (Paris) et doit se prolonger jusqu’en 2017, voir la vidéo.

Ce projet musical est né d’une autre rencontre, celle de la musicienne qui cherchait un stage pour valider son diplôme d’art-thérapeute et d’un médecin pionnier engagé dans les soins palliatifs depuis plus de 20 ans, le Dr Jean-Marie Gomas, porteur du projet. « Il ne s’agit pas ici d’aller jouer trois notes de musique de chambre en chambre, détaille le médecin. Mais d’un véritable projet de recherche visant à définir l’impact positif de la musique sur les douleurs induites par les actes douloureux. »

Pour cela, 200 pansements Schubert sont prévus (une centaine se sont déjà déroulés) soit la réalisation de 200 soins, accompagnés ou pas par la musique de Claire Oppert, les effets sur les deux groupes de patients, tous en fin de vie, devant ensuite être comparés. « Les premiers résultats attestent d’une diminution de 10 à 30 % de l’intensité douloureuse », détaille le Dr Gomas. Tous volontaires, les patients choisissent le type de musique qu’ils ont envie d’écouter. Classique mais aussi « ethnique », rock… tout est possible sous les doigts agiles de la musicienne ! Qui précise : « Le violoncelle est un instrument proche de la voix humaine et ses fréquences sont facilement accessibles à tous, pas besoin d’être mélomane. »

Quand les notes s’envolent, les visages se détendent

Chaque séance, d’une durée comprise entre 20 minutes et une heure, deux au maximum par semaine, se déroule au moment précis de soins, la musicothérapeute étant installée avec son instrument dans un coin de la chambre, les infirmières concentrées sur les gestes mais bénéficiant aussi de l’écoute des notes apaisantes. Quand les sons s’envolent, forts et vibrants, les visages se détendent, les muscles du corps se décontractent, la respiration se fait plus calme, ample et l’anxiété s’atténue. « Un patient sur dix seulement refuse mais 80 % des malades, certains étant dans le coma, réagissent surtout par leur respiration qui se ralentit et s’amplifie », précise la musicothérapeute. « En fait la musique c’est à la fois essentiel mais on peut aussi vivre sans », conclut-elle. Ici, à Sainte Périne, dans ce service ultime où les patients décèdent pour la plupart 8 jours après leur admission, c’est justement dans ces derniers moments de vie qu’elle se met à résonner pour faire reculer la douleur et l’angoisse. D’autres applications, par exemple en gériatrie, pourraient suivre.

Une fondation engagée contre la douleur
Qu’elle soit aiguë, chronique, physique ou psychique, la douleur ne se combat pas toujours seulement avec des médicaments. Reconnue d’utilité publique depuis plus de 12 ans et créée par le groupe Apicil, la Fondation Apicil intervient justement en encourageant des projets et initiatives qui ont pour objectif le développement d’approches complémentaires et pratiques innovantes tant pour la prévenir que pour la soulager. Plus de 800 projets ont déjà été financés pour un montant de 7,5 millions d’euros. Hypnose mais aussi musicothérapie, relaxation, sophrologie. Pour le projet du pansement Schubert, la fondation Apicil a travaillé avec le Cefama, le centre d’étude et de formation sur l’accompagnement des malades, une association axée sur les soins palliatifs et créée en 1992 par le Dr Jean-Marie Gomas.

Source : www.sciencesetavenir.fr