Ils Soignent les Victimes d’AVC Avec des Chansons

Ils Soignent les Victimes d’AVC Avec des ChansonsDes neurologues et un musicothérapeute ont inventé un protocole thérapeutique, basé sur la musique. Les victimes d’accident vasculaire cérébral (AVC) qui ne parlent plus parviennent à chanter. Reportage au centre hospitalier de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor.

« Elle est à toi cette chanson, toi l’Auvergnat qui, sans façons… » Yolande Cosson, 78 ans, fredonne le premier couplet de la chanson de Brassens. Dans sa chambre du centre hospitalier Yves-Le Foll, à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), la patiente bénéficie d’une première séance de musicothérapie. Yolande souffre d’un trouble de l’articulation de la parole, causée par des lésions du cerveau (dysarthrie). Assise dans son fauteuil, très concentrée, la dame suit à la lettre les conseils du musicothérapeute. Jean-Pierre Praud gratte quelques accords sur sa guitare et enchaîne avec un tube de Joe Dassin.

Malgré les apparences, la scène n’est pas un moment de loisir mais un véritable soin thérapeutique. Les soignantes surveillent les effets de la cure comme si elles venaient de poser une perfusion.

« Nous avons constaté chez ces patients une amélioration du sommeil et du rapport à la douleur », explique Sloane Lagrec, aide-soignante en neurologie.

Un protocole précis

Au 5e étage, l’unité neuro-vasculaire prend en charge les patients victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Dès leur arrivée dans le service, ils sont questionnés sur leurs goûts musicaux. Quand ils ne peuvent plus parler, on interroge la famille. Puis Jean-Pierre Praud et l’équipe soignante appliquent un protocole qu’ils ont imaginé il y a trois ans.

Dans la chambre de Yolande, la famille participe à cette première séance de musicothérapie avec Jean-Pierre Praud (à la guitare). Le mari rapporte que son épouse aimait les tubes des bals musette. (Photo : Ouest-France)
Deux types de musicothérapie sont proposés. La musicothérapie active : c’est 20 minutes de chant et d’articulation des paroles pour des patients mutiques. « Quand ils renouent avec le son qui sort de leur bouche, ils sont rassurés. Le chant prépare le travail de l’orthophoniste », explique le professionnel.

La musicothérapie réceptive, elle, consiste à faire écouter des mélodies plaisantes. On télécharge des playlists sur l’ordinateur que l’on installe près du malade. Ici, le médiateur musical agit comme un stimulant extraordinaire. « Il libère de la sérotonine qui va diminuer l’état dépressif post-AVC. Cette hormone a une fonction réparatrice au niveau neurologique. »

La musique stimule le cerveau

Les techniques d’imagerie cérébrale confirment qu’écouter ou jouer de la musique laisse des traces durables dans nos cerveaux. « Il y a quelque temps, on pensait encore que les deux hémisphères jouaient un rôle complémentaire : le gauche intervenant dans la logique et le langage, le droit dans la partie artistique. Aujourd’hui, on sait que la musique engage le cerveau dans sa globalité », explique le Dr Claudia Vaduva, neurologue à l’hôpital de Saint-Brieuc.

Si la musicothérapie ouvre de nouveaux champs thérapeutiques, elle reste réduite à des interventions encore trop rares. Jean-Pierre Praud ne passe que quelques heures dans les hôpitaux de Saint-Brieuc et de Dinan. Pourtant, les ateliers qu’il anime font des miracles. « Des personnes souffrant d’amnésie parviennent parfois à fredonner des mélodies trois mois plus tard. On s’est rendu compte que le cerveau continue d’encoder entre chaque phase de stimulation ! »

Source : www.ouest-france.fr