Quand la Musique Adoucit les Maux

Quand la Musique Adoucit les MauxA travers l’émotion de plaisir qu’elle procure, la musique permet de diminuer la sensation de douleur chez certains patients. Le docteur Gérard Mick, neurologue à l’hôpital de Voiron en Isère et neurobiologiste, revient sur les vertus de la musicothérapie.

La musique peut diminuer de 30 à 60% la prise de médicaments.

Comment vous êtes-vous intéressé aux liens entre musique et cerveau ?

Je suis moi-même mélomane et musicien. La musique, porteuse d’émotions incroyablement fortes, occupe une place fondamentale dans la vie humaine. Elle est capable de rassembler les individus , de leur procurer des frissons en rapport avec le plaisir induit par l’écoute, peut les mener vers un ressenti commun, voire les unir pour un objectif commun : la musique exerce ainsi une force de cohésion sociale, et ce n’est pas pour rien que tous les dictateurs du monde ont toujours utilisé la musique pour entraîner les foules!

La musique a-t-elle une réelle influence sur la douleur ?

Il a été clairement démontré que la musique pouvait aider certains patients à lutter contre leur douleur. Chez certaines personnes souffrant de douleurs chroniques, des écoutes régulières peuvent offrir de véritables fenêtres d’accalmie, éventuellement vectrices de changements comportementaux, comme de se mobiliser quand on a mal au dos. Si, dans la réalité, un médicament soulage assez bien, souvent à court terme, la musique a l’avantage d’agir sans aucun effet secondaire : c’est écologique et vient en plus du médicament.

Distraire le patient pour réduire sa perception douloureuse
Par quel mécanisme cette influence s’exerce-t-elle ?

La douleur est à la fois une sensation corporelle aversive et une sensation de désagrément, deux dimensions sensorielles que le cerveau est capable de différencier. Il est possible de distraire un individu et de refocaliser son attention pour réduire sa perception conscience de la douleur, bien plus en lui faisant écouter de la musique plaisante qu’en lui faisant penser à autre chose. Un autre effet est d’ordre émotionnel : induire une émotion positive, par exemple en faisant écouter une musique qui donne des frissons, permet de contrebalancer le ressenti négatif liée à une douleur.

Comment passe-t-on de la théorie à la pratique ?

Dans un service d’urgence, par exemple, une personne victime d’un traumatisme pourra voir son stress et sa douleur réduits si elle est placée dans une ambiance musicale apaisante. C’est évident, mais cela nécessite un minimum d’organisation, car tous les patients ne sont pas sensibles aux mêmes musiques. Dans certains hôpitaux, comme au CHU de Montpellier, on fait déjà bénéficier aux patients d’une écoute musicale « à la carte » : le style qu’ils aiment, quand ils le souhaitent, dans leur chambre. Cette technique dite de musicothérapie réceptive est également utilisée en services de réanimation ou en soins palliatifs.

30 à 60% de médicaments en moins grâce à la musique
La musique est-elle une alternative sérieuse à la prise de médicaments ?

En fonction de l’individu, on sait aujourd’hui que l’on peut réduire de 30 à 60% la consommation d’antalgiques en écoutant de la musique plaisante. De nombreux travaux scientifiques ont montré que la moitié des patients écoutant de la musique ressentaient une réduction significative de la douleur, avec un plaisir associé à l’écoute : autant de patients qui vont donc consommer moins de médicaments.

Pourquoi avez-vous le sentiment de prêcher encore dans le désert ?

Parce que l’argent étant toujours le nerf de la guerre, mettre en place de la musicothérapie a un coût, même si il est largement moindre que certaines techniques de soins aujourd’hui utilisées au quotidien à l’hôpital : écouter de la musique reste pour beaucoup un loisir et non un outil thérapeutique. Imaginez le bienfait d’un véritable violoncelle dans une chambre d’hôpital, en soins palliatifs, comme cela se fait dans un service bien connu à Paris, expérience dont le patient se souviendra comme d’un cadeau ultime donné par la vie. Mais qui rémunérera le musicien professionnel ? L’autre écueil tient à la subjectivité du processus : les effets différent en fonction de chaque individu, et cela ne convient pas à notre médecine anglo-saxonne, très formatée. En Asie, ce sont pourtant des principes de traitements reconnus de très longue date.

A savoir :
La Fondation APICIL contre la douleur, fondée en 2004 et reconnue d’utilité publique, accompagne et finance des projets d’intérêt général dans le domaine de la lutte contre la douleur : campagnes de sensibilisation, développement de techniques alternatives, projets de recherche, création de centres anti-douleur… En 12 ans, la Fondation a financé plus de 500 projets pour plus de 7,5 millions d’euros.

Source : www.ra-sante.com

Jouer du Piano – Neurophysiologie

Jouer du Piano - NeurophysiologiePhysiologie des mouvements du pianiste

Jouer d’un instrument avec un clavier est avant tout un phénomène moteur.
Il convient donc au début de cette étude physiologique de rappeler les bases neurologiques des mouvements de préhension. Il ne s’agit pas, ici, de mouvements ayant pour but la « prise » d’un objet, mais de la recherche de « contacts » avec les différentes touches du clavier.
En second lieu, observer un pianiste pendant son interprétation d’une partition ne manque pas de susciter un questionnement multiple.

Neurophysiologie du mouvement pianistique
La décision de jouer fait intervenir le psychisme de l’individu. Le pianiste a l’intention de jouer une partition, c’est le but auquel il va consacrer son temps dans l’immédiat.
L’action de jouer (qui est l’acte moteur) est précédée par une représentation imaginative, centrale) qui va comporter des mouvements organisés et coordonnés des membres supérieurs. Cette représentation est anticipatrice de la mobilisation des doigt.
Le rapprochement des mains et du clavier (correspond au temps de l’approche dans la physiologie de la préhension) va mettre les différents segments des membres dans une posture qui intéresse l’ensemble du corps et qui est nécessaire pour mettre les doigts dans la situation adéquate de départ. Ces mouvements d’approche interviennent à la fois de façon inconsciente grâce à la mise en jeu de réflexes sous-corticaux et médullaires, et aussi, de façon consciente grâce à la vision.
Le contact étant établi entre les doigts et les touches du clavier, la commande motrice va démarrer et c’est alors le cortex cérébral qui prend la direction des événements.

Le cortex moteur primaire obéit, en fait aux influx issus des neurones des aires prémotrices qui sont situées en avant de l’aire motrice principale.
Elles sont au nombre de trois :
une aire prémotrice dorsale PMd
une aire prémotrice ventrale PMv
une aire dorsomédiane ou aire motrice supplémentaire AMS ou SMA
C’est vers ces aires que convergent pratiquement tous les axones provenant de l’ensemble des noyaux associatifs du cerveau et des noyaux gris profonds.
Principalement ces interneurones proviennent du cortex pariétal, dont la partie antérieure reçoit les fibres de la sensibilité somesthésique (voies lemniscales) et aussi les voies de la proprioception consciente ou inconsciente. Elles se projettent sur le thalamus puis sur le lobe frontal.
Ces deux voies sont aussi en connexion avec le cortex visuel et gagnent ensuite les aires prémotrices, qui sont le passage obligé de tous les influx réglant la succession des phénomènes moteurs.
Ceux-ci ont la particularité d’être bien organisés et ce fait est expliqué par la mise en jeu de la mémoire.

La théorie des schémas
C’est la Théorie des schémas qui est généralement retenue : plusieurs « schémas moteurs », déjà vécus et enregistrés peuvent s’assembler pour atteindre le But. Il s’ensuit une coordination. Ce programme peut s’inclure dans un autre plus large et ainsi de suite (phénomène de la récursivité) (Arbib).
Grâce à l’IRMf on a montré que l’action débute dans le cortex préfrontal, gagne le SMA, puis le cortex moteur qui va entraîner le passage à l’acte.
Il est évident qu’alors, va débuter une adaptation, une modulation des gestes. Cela caractérise le jeu du pianiste.
Cette adaptation des mouvements ne semble pas liée à l’existence nouvelle d’afférences proprioceptives, parce que la vitesse du signal nerveux de retour serait trop lente.
On évoque l’existence de « sensations d’innervation » (Lashley) pouvant donner la conscience des mouvements, alors modifiables plus rapidement, mais cette notion n’est pas prouvée.
Par TMS (stimulation magnétique transcranienne) on a constaté que le pianiste, par simple jeu de sa volonté peut modifier l’excitabilité d’une zone limitée de son cortex moteur et donc modifier ses gestes à la demande.
M. Jeannerod soutient le concept d’un « modèle interne » qui va autoriser l’adaptation nécessaire. – Il l’appelle une « Copie d’efférence ». Selon les principes de la cybernétique cette copie offrirait une possibilité de régulation par deux moyens, soit le mode de « feed-back » (mais on a vu la vitesse insuffisante des influx de retour), soit de « feed-forward », qui est un système proactif de contrôle par comparaison immédiate et adaptation très rapide.
Pour créer et diffuser cette copie d’efférence, c’est la zone SMA qui serait importante.
Elle serait associée en complément aux rôles connus de comparateur du cervelet et du cortex pariétal postérieur.

Questions soulevées en observant un pianiste en train de jouer1. Comment fait le pianiste pour utiliser les deux mains en même temps et d’une façon asymétrique, chacune apportant sa contribution à la production de sons parfaitement articulés entre eux, sans interférence et selon un rythme propre ?
Ce qui étonne, ce n’est pas le caractère bimanuel de l’emploi de ses doigts, tout à fait banal chez l’être humain dans bien des situations de la vie courante, mais c’est cette association dans le BUT de créer des sons a priori bien définis et coordonnés. La partition est elle-même écrite avec deux « clefs » distinctes chacune étant dédiée à une main (la clef de sol pour la main gauche et la clef de fa pour la main droite).
2. Jouer sur un clavier correspond à un acte qui fait partie d’un système sensitivo-moteur très structuré.
Or, l’organisation nerveuse est toujours duale : nous avons donc à l’origine de cet acte deux hémisphères cérébraux. Et nous pouvons facilement déduire qu’il existe « en double » un faisceau cortico-spinal (final common way) qui émane de chacun des côtés et qui (après décussation au niveau du bulbe) relie une aire corticale motrice primaire et la corne antérieure de la moelle d’où part le nerf qui va activer la musculature de la main.
Ainsi le cerveau droit fait fonctionner la moitié gauche du corps alors que le cerveau gauche anime les muscles du côté droit. Cela est intangible, quelles que soient les modulations du geste. En effet celles-ci arrivent préalablement au niveau des neurones du centre moteur primaire du cortex, après avoir été générées par l’action des nombreux interneurones qui les relient aux autres noyaux cellulaires corticaux ou sous-corticaux du même côté. C’est avant d’atteindre la moëlle que le geste est anticipé et que les actions motrices planifiées dans un but donné vont démarrer.
3. Comment va s’opérer une répartition adéquate des commandes motrices entre les deux hémisphères ?
Dès lors se pose la troisième question : comment à partir d’une musique (que l’on peut appeler holistique) on ne peut plus définie, va s’opérer une répartition adéquate des commandes motrices entre les deux hémisphères ?
L’artiste peut ou bien lire globalement la partition dans le même temps de son interprétation ou bien entendre le morceau totalement de façon imaginative grâce à la mémoire qu’il a acquise auparavant.
La réponse est à chercher dans la relation établie par les commissures interhémisphériques, mais alors comment peut s’articuler un système neuro-moteur d’un côté avec le système construit à l’identique et contro-latéral ?
Nous reviendrons sur ce problème de latéralité dans l’utilisation des deux mains.
S’agit-il d’un hémisphère dominant dit « préféré » qui s’impose dans la totalité de l’interprétation ?
Sinon comment laisse-t-il l’autre hémisphère agir concurremment pour lui-même ?
4. Si nous devons admettre que la musique créée par une main est différente de celle jouée par l’autre main, comment cela s’articule t-il, dans le temps et dans l’espace, le résultat devant correspondre à la mélodie que l’on est censé jouer ?
Dans cette interpénétration des commandes, il est déjà possible de dire qu’il faut obéir à un certain nombre de contraintes : Avec J. Fagard on peut distinguer :
  • des contraintes de synchronie qui sont plutôt des contraintes d’asynchronie puisqu’elles concernent le rythme des deux mains qui doit être différent car le pianiste est capable de jouer des polyrythmes. (Cela est à distinguer de la syncinésie qui se voit chez l’enfant et dans quelques cas pathologiques où les deux mains réalisent des gestes identiques dits « en miroir » sans possibilité de s’en empêcher) ;
  • des contraintes de temps évidente ;
  • et des contraintes de latéralité qu’il faut parfois combattre pour observer les précédentes.
On voit déjà que cette liste de questions, non exhaustive, montre que les problèmes posés sont multiples (même si l’on se limite aux seules données motrices).
5. Sur le plan dynamique la complexité va encore augmenter, car il se surajoute des données sensorielles et proprioceptives liées aux mouvements des doigts.
En effet pour que le musicien puisse corriger à tout moment ses gestes en se rapprochant le plus possible des résultats escomptés sur le plan sonore, il dispose de la mise en jeu de l’audition et de la vision. C’est ainsi qu’il peut lui-même apprécier sa performance de façon permanente et dynamique. La différence entre le feed-back et le feed-forward a été soulevée.
Les influx afférents recueillis sont souvent redondants et partagés entre les deux hémisphères (à cause de la latéralisation des voies de la sensibilité).
Un choix va s’avérer nécessaire qu’il soit conscient ou inconscient.
C’est par un entraînement intensif (ou apprentisage) qu’auront pu s’automatiser les séquences et c’est ce qui permettra ce choix sans intervention de la conscience grâce à la facilitation par passage répété d’influx dans les mêmes neurones.

Comment le pianiste peut utiliser ses deux mains

Il est possible de répondre aux questions posées, en s’appuyant sur les très nombreux travaux, cliniques ou expérimentaux, publiés sur le sujet dans les dernières années, et aussi grâce aux progrès récents de l’imagerie médicale (IRM fonctionnelle en particulier). A ce propos il convient de dire que l’IRMf a seulement l’avantage de préciser quelles sont les zones du cortex mises en jeu mais ne peut donner d’indication ni sur la hiérarchie de celles-ci ni sur l’effet inhibiteur ou excitant des influx.

Première question : Peut-on comprendre comment le pianiste peut utiliser ses deux mains ?

Il faut insister sur le rôle physiologique des commissures interhémisphériques : principalement le rôle du corps calleux, les autres commissures (trigone ou fornix et commissure blanche antérieure) n’ont pas la même fonction.
Le corps calleux (CC)
C’est la commissure la plus importante anatomiquement et fonctionnellement.
Il s’étend transversalement entre les deux hémisphères et il est visible au fond des scissures interhémisphériques, dominant la cavité du troisième ventricule. Il présente, dans une section sagittale médiane, une forme aplatie, plus ou moins épaisse qui ressemble à un anneau ouvert en bas.

  • Il correspond aux trois-quarts à des fibres axonales cortico-corticales unissant des aires hémisphériques des deux côtés le plus souvent homotopiques (Cf Infra) (et il est important de se rappeler ce fait).
    On lui décrit, d’avant en arrière, un bec antérieur effilé en pointe ou rostre orienté vers l’arrière et le bas, puis une plicature ou genou, un corps ou isthme et enfin un bourrelet postérieur ou splenium.
    Grâce à l’IMR fonctionnelle dite de diffusion ou IRM-DTI [1], on a pu distinguer l’existence d’un certain nombre de faisceaux axonaux transversaux dans les portions décrites du corps calleux, lequel s’avère donc hétérogène.
    La « tractographie »[2] donne une image reconstruite et virtuelle de ces faisceaux. Quand elle est associée à l’IRM-DTI il est possible de les suivre de bout en bout, sans pour autant savoir exactement quels types d’influx nerveux ils transportent (excitateurs ou inhibiteurs) dans un sens ou dans l’autre : on l’a vu, ces fibres sont « homotopiques » allant d’une aire à une autre semblable de l’autre côté :
    Ainsi, d’avant en arrière, ce sont les fibres unissant les zones préfrontales qui passent par le rostre et le genou, en particulier celles correspondant aux aires prémotrices de chaque côté. En arrière ce sont les fibres reliant les cortex occipitaux qui passent par le splenium et enfin les fibres réunissant les lobes temporaux et pariétaux cheminent transversalement dans les deux tiers postérieurs du corps calleux.
  • le quart restant des fibres du corps calleux ont des connexions hétéro-topiques dont un fort pourcentage irait au cortex limbique de chaque côté. Ces fibres peuvent subir des croisements difficiles à mettre en évidence sur les clichés.
L’imagerie DTI permet, de surcroit, de constater le degré de maturation des fibres axonales qui constituent le corps calleux et en particulier leur degré de myélinisation. Cette dernière débute dès la naissance et se poursuit très tard jusqu’à environ vingt ans. Elle autoriserait une plus grande vitesse de transmission des informations.
D’après certains auteurs, l’augmentation du diamètre des axones (due à leur myélinisation) est correlée avec le nombre d’heures de pratique d’un musicien et serait donc fonction des heures dévolues à l’ apprentissage.
Le corps calleux d’un musicien est en règle plus développé que normalement (quand il s’agit d’un grand virtuose on évoque le chiffre de 20 % en plus).
Le corps calleux étant une voie de passage entre les deux hémisphères, il faut se reporter aux fonctions de chacun de ceux-ci pour savoir comment la transmission se fait et quelle est l’influence d’un côté sur l’autre.
Si, a priori on ne peut donc parler d’un rôle propre du corps calleux en tant qu’entité fonctionnelle, il est possible avec R. D. FIELD, à la lumière de travaux d’imagerie récents, ainsi que d’études cellulaires et moléculaires, de constater qu’il existe une sorte de plasticité de la matière blanche (dont fait partie le corps calleux). Cette plasticité pourrait jouer un rôle dans l’apprentissage et modifierait la qualité du transfert de l’information en raison de l’augmentation en nombre des oligodendrocytes qui entourent les axones et qui produisent la myéline.
Pour conclure cette étude du corps calleux, il faut dire que statistiquement il n’y a pas de différence évidente liée au sexe de « l’individu », mais que sa taille est variable selon la latéralité : il est plus développé chez les gauchers et plus petit chez les droitiers (qui représentent les 2/3 des êtres humains).

Fonctionnement des deux hémisphères cérébraux chez un pianiste

Hémisphères cérébraux et pratique du piano MDA©
C’est un sujet de réflexion très ancien, mais pour lequel les méthodes récentes peuvent donner un nouvel éclairage.
Il faut donc étudier les questions sur la latéralité.

Le rôle des aires prémotrices et des aires motrices supplémentaires est apparu fondamental.
Il faut répéter que, provenant d’autres centres corticaux et sous-corticaux, pratiquement tous les nombreux neurones associatifs impliqués dans l’action motrice convergent vers ces aires prémotrices. Ce n’est qu’ensuite que les influx sont transmis aux axones efférents du cortex moteur primaire.
Il y a théoriquement pour deux hémisphères deux copies d’efférence qui existeraient avant la décussation bulbaire. Elles sont a priori différentes.
En pratique c’est au niveau de la commissure interhémisphérique que vont s’articuler les deux actions.
Où se passe le « couplage » de celles-ci ?
La connectivité interhémisphérique relie, on l’a souligné, des régions homotopiques.
On a constaté que les surfaces des zones prémotrices sont asymétriques : plus larges dans l’hémisphère gauche (où naît la copie d’efférence principale, quand il y a une « préférence » ou une latéralisation).
Des études statistiques ont montré la prédominance de l’utilisation de la main droite (côté généralement préféré dans les 2/3 des cas).
Il y a eu peu de travaux portant sur la latéralité « bi-manuelle » qui justement est celle du pianiste. Cette latéralité dite « de performance » est plus ou moins liée à la difficulté de la tâche à effectuer.
La supériorité de la main droite (innervée par l’hémisphère gauche) serait due à la complexité des gestes requis au niveau des doigts,
La capacité de traiter plus rapidement les informations de retour favoriserait aussi la main droite.
Mais rien n’est tout à fait net dans ces interprétations fonctionnelles.
Le couplage des deux mobilités, main gauche, main droite peut en théorie être lié par un des mécanismes suivants :

  • 1. D’un côté les muscles sont innervés par les fibres directes non croisées des fibres motrices, de l’autre côté, par les fibres du faisceau pyramidal croisé
  • 2. Autre possibilité : les fibres issues du cerveau gauche prédomineraient grâce à une inhibition dans le même temps des fibres contro-latérales du cerveau droit permettant toutefois une certaine utilisation des axones qui en émanent.
    Les deux mains auraient alors une innervation centrale différente et indépendante, chacune suivant une copie d’efférence.
  • 3. Au cours de l’action ce serait le côté hémisphérique gauche (généralement préféré) qui prendrait entièrement la commande au cours du jeu instrumental, de l’innervation motrice des deux mains. Ensuite il n’y aurait qu’une seule copie d’efférence (qui comprendrait l’ensemble des incitations motrices) et qui serait la seule suivie.
C’est la troisième hypothèse qui semble l’emporter pour les auteurs modernes.
Et cela rend plus compréhensible la mise en mémoire des gestes nécessaires, ce qui permettrait la prise en charge automatique et inconsciente de la mécanique digitale des deux mains dans une limite de temps bien précise.
Sans entrer dans le détail de la formation d’un pianiste et pour compléter cette étude neurophysiologique, il convient d’attirer l’attention sur certaines spécificités liées à l’utilisation de l’instrument.
La modulation du geste est absolument nécessaire pour faire varier le son. Or l’instrument lui-même laisse peu de possibilités d’adaptation au pianiste : il est possible de citer :
  • la liaison d’une note après l’autre pour éviter la sensation de rupture liée à la conception mécanique du piano.
    Cette liaison est perceptible dans le « legato »
  • la force mise en jeu
  • la durée et le rythme.
Le piano est un instrument complexe
Il comporte un clavier : à chaque note correspond une touche qui commande la mécanique proprement dite.
La touche est une sorte de levier qui possède à son extrémité un pilote lequel est soulevé quand on appuie sur la touche.
Le pilote va lancer le marteau sur la corde qui va vibrer pour créer le son en même temps qu’un étouffoir libère la corde. Quand la touche est lâchée, l’étouffoir attire le marteau vers l’arrière qui va reprendre sa place initiale. Ce dernier mouvement survient après un certain délai, assez court, pendant lequel le son s’éteint progressivement.
C’est en provoquant une nouvelle percussion pendant ce bref instant que la note suivante ne sera pas détachée de la première et que le son ne sera pas haché.
L’attaque du marteau est donc le début de l’action et elle apparaît après le temps d’approche qui a été décrit, pendant lequel la posture du corps du pianiste et celle de ses doigts sont prédérerminés.
La force d’attaque dépend de la contraction des muscles de l’avant-bras, plus que d’une chute de la main qui aura été élevée avant la note. La frappe n’ est pas le terme le plus adapté.
Beaucoup de professeurs demandent que les doigts ne soient pas trop éloignés du clavier, afin de répondre à une dépense d’énergie adaptée et « juste ».
On conçoit qu’il y a une variété infinie dans l’interprétation d’une œuvre, ce qui nous éloigne de notre but initial de préciser les bases neuro-physiologiques.

La Musique qui Soigne : des airs dans la tête

La Musique qui Soigne : des airs dans la tête

Depuis quelques années, les vertus thérapeutiques de la musique mobilisent beaucoup les neurosciences. Maintenant que la question est affaire de cerveau, les maladies neurodégénératives recevront bien quelques soins musicaux. Mais dans quelle tonalité ?

Programmation musicale :

Bing Crosby
White Christmas

Hildegarde von Bingen
Ancient suite
Martin Frost (clarinette)
Choeur des filles Adolf Fredrik
Orchestre philharmonique royal de Stockholm

Mozart
Cosi fan tutte (finale de l’Acte I)
Orchestre de l’Opéra d’Etat de Bavière
(direction : Wolfgang Sawallisch)

Froberger
Plainte faite à Londres pour passer la mélancolie
Magdalena Hasibeder (clavecin)

Boulez
Marteau sans maître (L’artisanat furieux)

Ligeti
Continuum
Antoinette Vischer (clavecin)

Ligeti
Atmosphere
Orchestre de la WDR de Cologne
(direction : Ernest Bour)

Bartok
10 pièces faciles BB51 Sz 37 (Exercice à 5 doigts)
Andreas Bach (piano)

Paganini
Caprice n° 5
Tedi Papavrami (violon)

Jean-Sébastien Bach
Le Clavier bien tempéré (Prélude et fugue n° 17 en la bémol majeur)
Glenn Gould (piano)

Sufyan Stevens
Should have known better

Buffy Sainte-Marie
Rolling log blues

Dvorak
2ème Quintette (Scherzo)
Menahem Pressler (piano)
Quatuor Ebène

Source : www.franceculture.fr

Ils Soignent les Victimes d’AVC Avec des Chansons

Ils Soignent les Victimes d’AVC Avec des ChansonsDes neurologues et un musicothérapeute ont inventé un protocole thérapeutique, basé sur la musique. Les victimes d’accident vasculaire cérébral (AVC) qui ne parlent plus parviennent à chanter. Reportage au centre hospitalier de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor.

« Elle est à toi cette chanson, toi l’Auvergnat qui, sans façons… » Yolande Cosson, 78 ans, fredonne le premier couplet de la chanson de Brassens. Dans sa chambre du centre hospitalier Yves-Le Foll, à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), la patiente bénéficie d’une première séance de musicothérapie. Yolande souffre d’un trouble de l’articulation de la parole, causée par des lésions du cerveau (dysarthrie). Assise dans son fauteuil, très concentrée, la dame suit à la lettre les conseils du musicothérapeute. Jean-Pierre Praud gratte quelques accords sur sa guitare et enchaîne avec un tube de Joe Dassin.

Malgré les apparences, la scène n’est pas un moment de loisir mais un véritable soin thérapeutique. Les soignantes surveillent les effets de la cure comme si elles venaient de poser une perfusion.

« Nous avons constaté chez ces patients une amélioration du sommeil et du rapport à la douleur », explique Sloane Lagrec, aide-soignante en neurologie.

Un protocole précis

Au 5e étage, l’unité neuro-vasculaire prend en charge les patients victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Dès leur arrivée dans le service, ils sont questionnés sur leurs goûts musicaux. Quand ils ne peuvent plus parler, on interroge la famille. Puis Jean-Pierre Praud et l’équipe soignante appliquent un protocole qu’ils ont imaginé il y a trois ans.

Dans la chambre de Yolande, la famille participe à cette première séance de musicothérapie avec Jean-Pierre Praud (à la guitare). Le mari rapporte que son épouse aimait les tubes des bals musette. (Photo : Ouest-France)
Deux types de musicothérapie sont proposés. La musicothérapie active : c’est 20 minutes de chant et d’articulation des paroles pour des patients mutiques. « Quand ils renouent avec le son qui sort de leur bouche, ils sont rassurés. Le chant prépare le travail de l’orthophoniste », explique le professionnel.

La musicothérapie réceptive, elle, consiste à faire écouter des mélodies plaisantes. On télécharge des playlists sur l’ordinateur que l’on installe près du malade. Ici, le médiateur musical agit comme un stimulant extraordinaire. « Il libère de la sérotonine qui va diminuer l’état dépressif post-AVC. Cette hormone a une fonction réparatrice au niveau neurologique. »

La musique stimule le cerveau

Les techniques d’imagerie cérébrale confirment qu’écouter ou jouer de la musique laisse des traces durables dans nos cerveaux. « Il y a quelque temps, on pensait encore que les deux hémisphères jouaient un rôle complémentaire : le gauche intervenant dans la logique et le langage, le droit dans la partie artistique. Aujourd’hui, on sait que la musique engage le cerveau dans sa globalité », explique le Dr Claudia Vaduva, neurologue à l’hôpital de Saint-Brieuc.

Si la musicothérapie ouvre de nouveaux champs thérapeutiques, elle reste réduite à des interventions encore trop rares. Jean-Pierre Praud ne passe que quelques heures dans les hôpitaux de Saint-Brieuc et de Dinan. Pourtant, les ateliers qu’il anime font des miracles. « Des personnes souffrant d’amnésie parviennent parfois à fredonner des mélodies trois mois plus tard. On s’est rendu compte que le cerveau continue d’encoder entre chaque phase de stimulation ! »

Source : www.ouest-france.fr

Ecouter de la Musique Diminue les Douleurs Post-Opératoires et l’Anxiété

Ecouter de la Musique Diminue les Douleurs Post-Opératoires et l'AnxiétéEcouter de la musique avant, pendant ou après une opération chirurgicale permettrait de réduire l’anxiété et la douleur ainsi que le besoin en antidouleurs.

Ecouter de la musique adoucit les mœurs… et atténue les douleurs ressenties après une intervention chirurgicale, révèle une étude publiée ce jeudi dans le journal The Lancet.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont étudié 73 essais cliniques contrôlés randomisés rassemblant plus de 7 000 participants. Certaines de ces études ont comparé les effets de la musique à l’utilisation d’analgésiques, alors que d’autres ont confronté la musique à des techniques de relaxation ou des massages. Tous ces travaux ont été réalisés avec des adultes.

Même sous anesthésie générale
Il ressort de cette analyse que la musique calme les douleurs et permet de réduire l’usage des antidouleurs. Il apparaît également que l’anxiété des patients après l’opération diminue et que leur satisfaction augmente.

D’après leurs observations, les chercheurs indiquent qu’écouter de la musique à tout moment – même sous anesthésie générale – est efficace ; il semble néanmoins qu’écouter sa chanson préférée avant l’opération est plus bénéfique que pendant ou après l’intervention.

Par ailleurs, en janvier dernier, une étude révélait les mêmes bienfaits chez les enfants. Les auteurs avaient alors expliqué que la musique est une méthode efficace pour réduire les douleurs post-opératoires chez l’enfant et éviter les effets secondaires des analgésiques.

De la musique pour tous
« Il existe aujourd’hui suffisamment de preuves pour démontrer que la musique devrait être disponible à tous les patients devant subir une opération. Ceux-ci devraient avoir la possibilité de choisir le type de musique qu’ils veulent entendre. Le moment d’écoute peut bien sûr être adapté en fonction des soins et des équipes médicales », explique Jenny Hole, co-auteur de l’étude et interne en médecine à l’université Queen Mary de Londres (Royaume-Uni).

Malgré tout, l’équipe poursuit ses recherches grâce un test pilote mené au Royal London Hospital. Celui-ci permettra d’examiner l’impact de la musique chez les femmes ayant recours à la césarienne et celles passant un examen par hystéroscopie (introduction d’une mini caméra dans l’utérus). Les patientes choisiront elles-mêmes leur liste de lecture et pourront l’écouter grâce à des enceintes intégrées à un oreiller. Un essai en conditions réelles qui permettra de dire si cette pratique peut être adoptée en clinique.

Source : www.pourquoidocteur.fr

Le Cerveau Mélomane : la musique au service de la médecine

Le Cerveau Mélomane : la musique au service de la médecineRécemment j’ai eu la chance de tomber sur une très belle émission de La Tête au Carré sur France Inter. Le sujet abordé était le conscient et le subconscient en première partie, suivi de la deuxième partie qui traitait du cerveau mélomane. Dans l’émission étaient invités Emmanuel Bigand, Professeur de Psychologie Cognitive à l’Université de Bourgogne et auteur du livre Le Cerveau Mélomane paru aux Editions Belin, ainsi qu’Hervé Platel, Professeur de Neuropsychologie au Laboratoire INSERM U 1077 à l’Université de Caen et co-auteur du même livre.

En tant que mélomane et pianiste, j’ai écouté cette émission avec attention, ce sujet m’a tellement intéressé que j’ai décidé d’acheter le livre et de faire ma propre recherche sur l’utilisation de la musique en médecine.

La musique fait partie de notre culture, de notre histoire et même de notre physiologie, comme vous allez le voir. Elle est un allié précieux en médecine et a un effet bien plus important sur notre développement et notre physiologie qu’on ne le pense.

Pour accompagner la lecture de cet article, je vous propose d’écouter mon compositeur favori, qui vous transportera dans votre imaginaire. Si vous avez l’occasion de mettre un casque audio, faites le, l’expérience n’en sera que meilleure et plus profonde!

Pour ceux qui n’ont pas le temps de l’écouter, voici un petit résumé de l’émission

  • La musique est antérieure au langage, l’Homme a probablement chanté avant de savoir parler.
  • La musique joue un rôle considérable dans le développement du langage et probablement aussi dans le développement de l’intellect.
  • La musique agit sur le corps via le cerveau : elle modifie et augmente les connections synaptiques, créé une plasticité cérébrale et augmente la communication entre différentes aires du cerveau.
  • En médecine la musique était utilisée initialement par le thérapeute comme moyen pour rentrer en communication avec le patient. Maintenant on parle de « la musique qui soigne » : elle calme la douleur, réduit l’anxiété et apporte des bénéfices cognitifs
  • La musique est efficace dans le traitement des maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson et dans la rééducation après un AVC.
  • La musique contribue également à réhumaniser la relation soignant-patient et à réhumaniser le patient lui-même.
  • La musique a un effet différent sur le cerveau d’un musicien que sur le cerveau d’un sujet non musicien. Mais même chez les sujets âgés non musiciens, le cerveau peut se réadapter avec la musique.

Source : www.legazier.com

La Musicothérapie, Source de Bienfaits

La Musicothérapie, Source de BienfaitsLa musicothérapie utilise le pouvoir de la musique pour apporter espoir et guérison à des milliers de personnes ayant des besoins spécifiques. Guylaine Vaillancourt est une musicothérapeute convaincue. Pour elle, « la musique établit une communication qui va au-delà des mots.

C’est un outil qui peut réellement avoir un effet positif dans la vie des enfants ayant des besoins spéciaux. » Elle travaille dans le domaine de la santé depuis 1978, d’abord comme infirmière, puis comme musicothérapeute depuis 1990. Elle détient un baccalauréat de l’Université du Québec à Montréal, une maîtrise en musicothérapie de l’Université de New York, un doctorat de l’Université Antioch (Ohio) ainsi qu’une formation en Musique et imagerie guidée (Bonny Method of Guided Imagery and Music) obtenue du Creative Arts Therapies Institute de New York. Elle s’est spécialisée en santé mentale puis en oncologie et soins palliatifs. Elle est professeure adjointe en musicothérapie au département des thérapies par les arts de l’Université Concordia depuis 2009. Un reportage de la série Campus de Canal Savoir.

Source : www.lafabriqueculturelle.tv

La Musicothérapie en Oncologie

Nathalie Leduc, musicothérapeute au CHU Sainte-Justine, est détentrice d’une maîtrise en musicothérapie de l’université Drexel à Philadelphie. Elle a travaillé pendant dix ans en soins palliatifs auprès d’adultes dans divers hôpitaux de McGill. Elle supervise des étudiants depuis 1997.

La musicothérapie a été la première forme de thérapie par les arts à être implantée au CHU Sainte-Justine. C’est au Centre de Cancérologie Charles-Bruneau qu’elle a vu le jour en février 2005.
En oncologie pédiatrique, la musicothérapie vise principalement à aider à l’adaptation à la maladie et à l’hospitalisation. Au-delà de la parole, elle offre un mode d’expression privilégié dans ce que le jeune vit par rapport à sa maladie et à l’hospitalisation. Le jeune peut être accompagné à différentes étapes de sa maladie (annonce du diagnostic, traitements, rémission, rechute, greffe de moelle, soins intensifs, soins palliatifs).

La musicothérapie favorise le développement optimal de l’individu sur les plans physique, cognitif, affectif, identitaire et social.

Elle permet entre autres:

  • D’apporter un soutien lors de procédures médicales douloureuses et invasives
  • De soulager la douleur et l’anxiété
  • D’apporter une source stimulante afin de maintenir la motivation et ainsi de prévenir la démoralisation
  • D’enrichir les liens d’attachements mère-bébé
  • De faciliter l’expression de soi à un niveau non verbal par l’entremise de la musique
  • D’apporter une source de confort et de réconfort auprès du jeune et de ses proches dans les derniers instants de vie

Source : www.chusj.org

Se Soigner Avec la Musique et le Son

Se Soigner Avec la Musique et le SonLes anciens déjà utilisaient la musique et le son pour guérir. Aujourd’hui, la musicothérapie et les concerts de bols chantants tibétains rencontrent un réel engouement. Point sur leurs vertus thérapeutiques et harmoniques.

En 2009, l’Opéra du Rhin a donné à Strasbourg un unique récital de chant pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. L’an dernier a eu lieu au centre de culture asiatique Les Temps du Corps, un concert de bols taoïste auquel assistaient des médecins chinois. De nouvelles études ont mis en évidence les bienfaits de la musicothérapie, qui fait son entrée, encore de manière anecdotique, à l’hôpital, dans les maternités. Tandis que les concerts de bols chantants tibétains et de cristal se multiplient… Zoom sur les vertus thérapeutiques de la musique et du son !

A l’origine déjà

De tous temps, l’humanité a investi l’aspect guérisseur de la musique. Tambour des chamans, bols chantants des moines tibétains, ragas indiens… Les hommes ont utilisé le son pour libérer les blocages et les disharmonies qui pouvaient les affecter. Les indiens d’Amérique jouaient de la flûte en bois de bouleau pour soigner les rhumatismes, et en Ellébore pour les maladies nerveuses. En Chine ancienne, le chef de l’orchestre impérial était un médecin, compositeur d’œuvres thérapeutiques. Dans la Grèce antique, les médecins grecs se référaient à la gamme pythagoricienne pour la classification des différents pouls. Une bonne musique pouvait donc conduire l’âme agitée vers l’ordre et l’intégration, et inversement vers le désarroi. En France, c’est Philippe Pinel, le fondateur de la psychiatrie, qui, au tout début du XIXème, introduisit la musique dans les asiles (chœurs, fanfares, concerts). Pour les praticiens actuels de musicothérapie, une discipline d’art thérapie, le corps humain est comme un instrument de musique, une véritable caisse de résonance avec son ossature, sa musculature, ses cordes vocales, qui vibre au diapason de ce qui l’entoure. Et plus spécifiquement encore à la musique.

Santé et musicothérapie

La musique ! Le célèbre psychiatre et neurologue Oliver Sacks lui doit son retour à la mobilité après une mauvaise chute d’escalade qui le priva de l’usage d’une de ses jambes. Au-delà de l’aspect spectaculaire de son expérience, relatée dans son ouvrage Musicophilia, contribuant sans doute à l’essor de cette pratique, la musicothérapie s’impose comme l’une des branches d’art thérapie la plus populaire. En séance individuelle, ou en groupe, elle se pratique en mode réceptif, ou bien actif. Dans la première, le thérapeute utilise un support musical ou joue d’un instrument. La musique agit à la fois sur les plans physiques et émotionnels, entraînant de profondes résonances affectives, et stimulant chez le patient, dans un état relaxé et réceptif, des images, des pensées ou des sentiments qui peuvent être par la suite interprétés, conscientisés avec le thérapeute. Dans la seconde version, active cette fois, les patients sont invités à jouer des instruments, où à s’exprimer vocalement. Cette exploration fait office de préalable (un bilan psychomusical), à une prise en charge thérapeutique.

Si elle est habituellement préconisée pour des personnes rencontrant des difficultés comportementales, ou relationnelles, le champ de ses applications dans le domaine de la santé fait aujourd’hui l’objet de recherches. Notamment dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, et de la prise en charge de la douleur. Des recherches menées à l’Hôpital Gui de Chaliac à Montpellier par le professeur Jacques Touchon ont établi que les séances permettent une stimulation des fonctions cognitives en favorisant des encodages mnésiques et des évocations de souvenirs. Des résultats corroborés par la psychanalyste et musicothérapeute Edith Lecourt : « certains morceaux peuvent réveiller des pans entiers de mémoire enfouis, par le biais des émotions ».
Ce lien émotionnel avec la musique proviendrait-il du fait que nous arrivons au monde avec une histoire musicale ? Les chercheurs s’accordent à penser qu’à sept mois de développement utérin, le fœtus entend les bruits et les sons. Ces sensations auditives seraient transmises par la voie des conductions osseuses. En cas de traumatisme, la musique permettrait donc de rétablir tout un champ émotionnel et mémoriel. Des vertus que l’on peut également expérimenter au quotidien, lorsque l’on entend un morceau associé à un moment chargé d’émotion positive comme négative. Par ailleurs, ses bienfaits sur la réduction de l’anxiété et la douleur ont été démontrés en 2011, par la chercheuse américaine Joke Bradt, professeur d’art thérapie à l’université Drexel (Philadelphie), auprès de personnes atteintes de cancer. Cette approche pourrait se révéler un complément intéressant aux traitements classiques. Pour conclure sur une note hautement joyeuse, la musicothérapie fait son entrée dans les services de néonatologie, pour les prématurés, afin de pallier à un environnement de réanimation perçu comme très agressif. Comme pour la préparation à la naissance, cette approche contribue à un mieux -être. Selon des chercheurs de l’université de Kaohsiung à Taiwan, la musicothérapie pourrait en effet réduire le stress psychologique chez les femmes enceintes. Des bienfaits auxquels s’ajoute une dimension plus psychologique, selon la psychanalyste Edith Lecourt : « Elle permet aussi d’établir une communication unique et privilégiée entre la mère et son enfant ».

Retour à l’harmonie avec le son !

En musicothérapie, un nouveau courant émerge, davantage axé sur le son, cette fois. Les concerts de bols tibétains, taoïstes, ou en cristal, fleurissent, tandis que s’ouvrent de nouveaux cabinets « d’harmonisation au diapason ». Un phénomène qui s’inscrit peut-être dans une vision énergétique et vibratoire de l’être, en vogue aujourd’hui. « Plus qu’un simple instrument de musique, le bol taoïste possèderait en effet des vertus thérapeutiques, par la production de fréquences harmoniques variées, » explique Catherine Darbord, sonothérapeute, et spécialiste de chant harmonique. C’est également le cas des autres bols, à quelques nuances près. La séance de sonothérapie s’apparente cette fois à un massage sonore. « J’invite les personnes à un voyage relaxant aux sons des bols tibétains ou cristal, et à s’abandonner à un massage vibratoire », explique Isabelle Haugmard, sonothérapeute. Les instruments peuvent être posés autour et sur le corps, ou bien joués en mouvement autour de la personne. Ici pas de méthode à suivre, juste une invitation à s’ouvrir à l’écoute des sons pour un voyage intérieur, au cœur de soi, et de son corps.

Le processus thérapeutique est toujours identique : « L’onde agit sur le corps comme régulateur de notre énergie vitale. Quand elle rencontre une zone de tension, cette musique peut même devenir très agaçante, il faut respirer », poursuit Catherine Darbord. Comment expliquer ce phénomène ? Le son agit à différents niveaux, à la fois sur le cerveau, notre métabolisme et les cellules. « Le son est vibration. Une vibration qui est acheminée vers le tympan, puis transmise à l’oreille interne, qui la transforme en énergie électrique avant de l’envoyer au cortex cérébral par les fibres nerveuses. Ces signaux sont alors décodés et interprétés par le cerveau », détaille Isabelle Haugmard. Le bol tibétain, par exemple, produit un son dit « linéaire », qui nous met en ondes alpha, comme nombre de pratiques méditatives. D’où ses vertus extrêmement relaxantes. Les bols de cristal, eux, par leur composition en quartz pur, résonnent avec la silice de notre organisme pour renforcer notre métabolisme. Cet aspect de régénération « cellulaire » a été mis en évidence par Fabien Maman, musicien renommé, acupuncteur et fondateur de l’Académie internationale du son, qui utilise le diapason pour stimuler des points clés situés sur les douze méridiens d’acupuncture. Par ailleurs, des recherches menées à l’université Paris VI Jussieu avec la biologiste du CNRS Hélène Grimal, ont établi que les cellules humaines changeaient de forme et de couleur quand on leur prodiguait un son. Et si la médecine vibratoire ou thérapie du son, s’avérait la médecine de demain ?

Source : www.inrees.com

Les Mille Effets de la Musique

Musique classique, jazz, folk ou techno : chaque musique influe sur notre psychisme et sur nos comportements. En diffusant telle ou telle mélodie dans un cabinet médical, dans un réfectoire scolaire ou dans une salle de sport, les psychologues modulent nos réactions.

Mendelssohn : la mélodie de l’altruisme

Certaines musiques rendent-elles généreux ? D’autres égoïstes ? Les psychologues Rona Fried et Leonard Berkowitz, de l’Université de New York, ont fait écouter à des étudiants trois types de musiques : une musique calme, une musique stimulante et une musique jugée « désagréable ». La musique calme était Songs without Words, Opus 19 n°1 en Mi mineur et Opus 38 n°4 en La majeur de Felix Mendelssohn ; la musique stimulante était un air de Duke Ellington (One o’clock jump) et la musique perçue comme désagréable était Meditations de John Coltrane.

Après l’audition, chaque étudiant pouvait rentrer chez lui, mais au moment où il s’apprêtait à le faire, l’expérimentatrice lui annonçait qu’elle avait un service à lui demander : il s’agissait de l’aider à réaliser un travail commandé par un professeur de l’université ; elle prétendait avoir très peu de temps, et sollicitait de l’aide pour se tirer de ce mauvais pas.

En l’absence de musique, 60 pour cent des étudiants ont consenti à l’aider. Après l’écoute de Mendelssohn, ce chiffre a atteint 90 pour cent, la musique stimulante ne produisant pas d’amélioration notable, et la musique désagréable provoquant une baisse de 15 pour cent des bonnes volontés. On sait par ailleurs qu’une humeur positive activée par des stimulus extérieurs favorise l’assistance à autrui, tandis qu’une humeur négative a des effets contraires. La musique intervenant sur l’humeur, les chiffres seraient expliqués par cet amorçage de l’humeur.

Autre explication : la capacité de la musique à renforcer les relations sociales. La psychologue Maria Regina et ses collègues de l’Institut de psychologie de Saõ Paulo au Brésil ont révélé que lorsque des enfants écoutent des chansons typiques de différents pays (Petit papa Noël, Douce nuit, etc.), ils se parlent plus et jouent davantage ensemble. D’autres études ont révélé que la musique diffusée pendant un don de sang favorise les dons ultérieurs, notamment chez des personnes qui ne sont que des donneurs occasionnels ou des premiers donneurs.

Musique douce : antidouleur

Certaines musiques semblent atténuer la perception de la douleur, par exemple chez le dentiste ou lors d’interventions médicales bénignes, mais parfois déplaisantes. Ainsi, Y. Chan, de l’Hôpital Queen Mary à Hong Kong, a étudié des patients subissant une coloscopie (une sonde est introduite dans le tube digestif). Il faisait subir cet examen avec ou sans musique, puis demandait aux patients de remplir des questionnaires destinés à évaluer la douleur ressentie. On diffusait à ceux qui étaient exposés à de la musique des chansons d’amour au rythme lent. Y. Chan a montré que la musique réduisait l’intensité de la douleur ressentie, ainsi que l’état d’anxiété. Il a constaté que les scores de douleur subjective étaient nettement réduits en présence de musique.

Ces observations confirment des mesures réalisées sur les mouvements ou contractions musculaires involontaires qui accompagnent la sensation douloureuse. De telles mesures révèlent que des adolescentes subissant un examen gynécologique manifestent moins de tensions musculaires (raidissement des muscles des bras et des jambes) ou de comportements de douleur (grimaces) lorsque l’examen se déroule dans une ambiance musicale apaisante.

Musique classique : antiviolence

Comment minimiser les comportements turbulents des élèves dans la cantine d’un collège ? Une expérience inédite a été réalisée par la psychologue Lynne Chalmers et ses collègues, de l’Université du Dakota du Nord : ils ont passé de la musique classique dans le réfectoire et ont observé des résultats tout à fait probants.

Cette expérience a été conduite auprès de 1 000 enfants scolarisés entre le CE2 et le CM2. Pendant une période de trois mois, l’équipe a procédé à des mesures du niveau sonore dans le réfectoire et du comportement des enfants, selon que l’on diffusait de la musique classique ou de la musique pop pendant le repas. Les résultats ont ainsi révélé que, comparativement à l’absence de musique, on observe une baisse de six décibels dans le réfectoire (soit sept pour cent du volume sonore habituel) lorsque l’on diffuse de la musique classique, et dix décibels (12 pour cent du volume sonore habituel) lorsqu’il s’agit de musique pop. Dès que l’on arrête la diffusion de la musique, le volume sonore augmente aussitôt. En ce qui concerne les comportements des enfants, le personnel de service a mesuré une baisse spectaculaire de 55 pour cent des gestes de comportement agressif (coups, jets d’objets), des insultes ou impolitesses, de la mauvaise tenue et du non-rangement des affaires lors du départ. Cette diminution des comportements agressifs ou turbulents s’observe tout particulièrement avec la musique classique. En outre, l’équipe a recensé le nombre d’impacts d’aliments sur les murs en présence ou en absence de musique classique : une baisse notable du nombre d’impacts a été constatée en situation de musique classique.

Musique de dessin animé : arithmétique

La musique peut améliorer vos performances en arithmétique ! Par exemple, Susan Hallam et ses collègues de l’Institut d’éducation de Londres ont proposé des problèmes d’arithmétique à des enfants de 10 ou 11 ans, soit dans un environnement musical (une musique de type Walt Disney), soit en l’absence de musique. La tâche durait 15 minutes, et les mesures effectuées par l’équipe londonienne ont montré que les enfants plongés dans l’environnement musical ont effectué en moyenne 36 problèmes contre 27,3 lorsqu’ils devaient travailler dans le silence. À quand les musiques de Tom & Jerry en classe de collège pendant les examens ?

Ces résultats confortent d’autres travaux qui établissent un lien entre performances cognitives et musique. Il a ainsi été démontré que la musique a des effets calmants auprès d’enfants hyperactifs, et accroît leurs performances en mathématiques, d’autres études ayant constaté des effets positifs de la musique de Mozart sur la concentration d’enfants présentant des difficultés.

Techno : performance physique

À l’heure où les scandales sportifs sur les produits dopants sont quasi quotidiens, un nouveau produit stimulant pourrait voir le jour. Indolore, indétectable, peu coûteux et sans risque : la musique.

Nancy Becker et ses collègues du Collège Ursinus de Pennsylvanie ont fait passer un exercice physique à des enfants de 9 à 11 ans, à des adultes de 18 à 55 ans et à des seniors âgés de 60 à 80 ans. Les participants devaient faire du vélo d’appartement pendant deux minutes, et parcourir la plus grande distance pendant ce laps de temps. Certains pédalaient sur fond de musique techno, d’autres sur fond de musique douce, d’autres enfin dans le silence. La musique techno se révèle particulièrement « dopante » : alors qu’en l’absence de musique, les sujets ont effectué en moyenne 1,2 kilomètre, ils ont atteint 1,57 kilomètre avec de la musique douce, et 1,62 avec de la musique techno, cet effet ayant été observé aussi bien pour les enfants que pour les adultes, même les plus âgés.

Une seconde expérience a révélé qu’en diffusant de la musique avant l’exercice, mais en l’arrêtant juste avant l’exercice, on obtient également une amélioration des performances sportives. Pour les chercheurs, le rythme de la musique prépare le corps à l’effort et à la résistance, ce que les fanfares militaires savent depuis la nuit des temps…

Musique et maladie d’Alzheimer

Dans certains cas, la musique peut être utilisée à des fins thérapeutiques. Melissa Brotons et Susan Koger, de l’Université de l’Oregon, ont mesuré l’impact de certaines musiques sur les facultés cognitives de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Les musiques étaient choisies pour leur capacité à stimuler l’expression orale chez ces personnes : il s’agissait d’airs connus, parmi les classiques de la musique populaire américaine, à la fois enjoués et mélodieux : O’Susanna, Singing in the Rain ou My old Kentucky. Les patients écoutaient ces airs deux fois par semaine pendant 30 minutes, et l’on observait leur comportement lors de conversations de groupe, ou la façon dont ils répondaient à des questions sur les thèmes habituellement abordés par le personnel soignant. Des experts indépendants ont évalué la qualité du contenu de la conversation, sa fluidité et la fréquence des prises spontanées de parole.

Cette étude a montré qu’en présence de musique, les patients ont une conversation plus fluide, plus riche, moins hésitante. Ils prennent la parole plus souvent, et de façon plus structurée, ce qui est déterminant tant on sait que les activités langagières sont perturbées dans la maladie d’Alzheimer et qu’il est important de les entraîner. Des tests complémentaires ont aussi révélé un niveau d’aphasie moins important lors de la phase d’exposition à la musique, que dans les deux semaines suivantes. Catherine Chambliss et ses collègues du Collège Ursinus de Pennsylvanie ont mis en évidence les mêmes effets chez des patients schizophrènes à qui l’on faisait réaliser des tâches d’habileté manuelle.

Comment la musique exerce-t-elle ses effets ? Nancy Jones et Tiffany Field, de l’Université de Miami, ont travaillé avec des adolescents souffrant de troubles dépressifs, qui présentent une activité électrique cérébrale frontale asymétrique, une suractivité frontale droite étant associée à des émotions négatives et un certain repli sur soi. En posant des électrodes à la surface du crâne de ces patients, ils ont enregistré l’activité électrique de…

Source : www.cerveauetpsycho.fr

Cabinet de Musicothérapie Sandrine Bedu