La Musicothérapie au Service des Prématurés

La Musicothérapie au Service des PrématurésLa Musicothérapie au Service des Prématurés : quand l’humain vient soutenir la médecine

Ils s’appellent Quentin, Hugo, Mia et Térésa, tous sont des bébés nés prématurément pris en charge au service de néonatologie de l’hôpital de Creil, premier à avoir intégré la musicothérapie dans les soins proposés aux bébés. Reportage avec Stéphanie Lefebvre, une des rares musicothérapeutes spécialisées en néonatologie en France .

Il est 14h30. Stéphanie Lefebvre se prépare pour sa journée de travail. Elle enfile ses chaussons, enlève les bijoux et ramasse ses cheveux sur la nuque. Pendant de longues minutes elle se lave les mains, avant de mettre sa blouse. Ensuite elle sort ses instruments : un tambour d’océan et un piano à pouces, qu’elle désinfecte soigneusement, avant de quitter les vestiaires et rejoindre le service de réanimation en néonatologie.

Nous sommes à l’hôpital de Creil, seul hôpital en France qui depuis 2007 a intégré la musicothérapie dans les soins en néonatologie. Stéphanie Lefebvre est musicothérapeute, et a accompagné cette initiative depuis ses débuts. Deux fois par semaine elle met ses compétences à disposition du service pendant trois heures.

D’abord la « réa », le service qui accueille les grands prématurés. Quand ils arrivent, certains bébés n’ont que 28 semaines in utero et ne pèsent pas plus de 800 grammes. Leur prise en charge est très médicalisée : arrivés au monde trop tôt, ces bébés sont étroitement surveillés. Entre les soins souvent désagréables – prises de sang, pose de cathéter- et un environnement sonore qui peut être agressif, ils peuvent être très sollicités. En dix jours au service de réanimation, un prématuré peut être exposé à 300 soins pas très agréables, précise Stéphanie.

D’un regard Stéphanie évalue l’état de son premier petit patient : il s’agit d’un prématuré de 33 semaines qui pleurait pendant les soins. Son rythme cardiaque est élevé, il est très agité. Le rôle de Stéphanie sera de l’apaiser pour lui permettre de retrouver le sommeil. Elle s’approche de la couveuse, ouvre délicatement la porte. Elle pose sa main sur sa tête et se met à vocaliser tout doucement, tout en surveillant ses constantes sur le moniteur.

« L’intérêt de la musicothérapie dans ce cas précis est de permettre à l’enfant de gérer la transition veille-sommeil et de mieux tolérer les soins qui peuvent être assez désagréables. Un grand prématuré a une hypersensibilité auditive et tactile et l’adaptation à l’environnement peut être très difficile. »

Stéphanie s’adapte à la situation de chaque enfant : avant de choisir le type d’intervention, elle passe par une étape d’observation en fonction de son état, de ses besoins et de son stade de maturation. En réanimation, elle utilise peu de paroles ou de chansons, mais plutôt le humming, une voyelisation rythmée pour créer un univers enveloppant qui rappelle l’univers sonore in utero. Soutenu par le bruit du tambour d’océan, le son simule les vibrations sonores qui parviennent au bébé par la paroi utérine ainsi que les battements du cœur de la maman, le souffle de la circulation sanguine, les bruits intestinaux. Apaiser un grand prématuré, c’est d’abord agir au niveau physiologique : réguler sa respiration et son rythme cardiaque et limiter sa dépense calorique pour optimiser les bénéfices de son apport alimentaire pour sa croissance et son développement.

« Il s’agit d’une approche active : j’adapte ma proposition en fonction des indications ou contre-indications que je trouve sur place. Pour les bébés prématurés, il y a deux écueils qu’il faut prendre en compte : la sur-stimulation sonore ou l’absence du son, les deux étant nocifs pour le bébé. Dans le milieu naturel, les sons qui l’enveloppent participent aussi à sa maturation. S’ils ne sont pas adaptés ou s’ils sont absents, cette maturation ne sera pas aboutie. Tous les paramètres sont strictement définis : il faut veiller que l’intensité et la fréquence du chant ne soit ni trop élevée, ni trop basse. Les sons stridents ou brusques sont bannis ; d’ailleurs, dans le service on essaye de soigner l’univers sonore jusqu’à limiter le bruit des alarmes ou les bruits agressifs provoqués par la manipulation du matériel. »

La musique permet de déclencher le sentiment de parentalité

Peggy Lejoncourt, psychologue au service de la néonatologie, travaille notamment sur le lien parent-enfant qui est souvent fragilisé dans les situations des grands prématurés : leur pronostic vital étant engagé, ils ne peuvent pas être portés, bercés ou nourris par leur mère.

Dans le service, une attention particulière est portée à l’implication des parents dans les soins pour favoriser le contact précoce avec le bébé pour que le sentiment de parentalité se construise au mieux. « Une naissance prématurée est un grand choc pour les parents. Ils sont parfois déçus parce qu’un prématuré n’est pas le bébé dont ils ont rêvé. Le fait de le voir ouvrir les yeux, réagir à l’écoute des sons que propose Stéphanie, les rassure parce qu’ils se rendent compte que leur bébé communique avec son environnement, » explique Cécile Barelle, cadre infirmier du service.

Stéphanie suit les prématurés tout au long de leur séjour en néonatologie. Une relation avec le musicothérapeute s’établit au fur et à mesure des séances, ce qui participe au développement neuro-comportemental et psychoaffectif de l’enfant : « Au niveau de la survie des grands prématurés, on a fait d’énormes progrès. L’enjeu principal en néonatologie et en réanimation est d’en faire autant en soins de développement. La musicothérapie y joue un rôle important, comme la prise en charge en psychomotricité ou par les psychologues, dans l’immédiat comme dans la prévention des séquelles qui peuvent se manifester dans leur vie future.»

Mia est arrivée dans le service de réanimation à cinq mois et demi de gestation. Stéphanie la suit depuis le début. Maintenant, Mia pèse deux kilos et s’apprête à rejoindre le service kangoroo, où sont accueillis les bébés qui ont acquis une autonomie respiratoire et une stabilité au niveau du poids qui leur permettent de quitter la couveuse.

Installée au sein de sa maman, Mia apprend à téter. Lorsque Stéphanie se met à chanter, elle s’arrête un moment, pour reprendre de plus belle. Stéphanie a choisi une berceuse douce, mais rythmée, pour encourager Mia de continuer à téter.

« On a remarqué que la musique provoque chez les bébés le réflexe de succion, ce qui est très important pour les prématurés qui ont beaucoup de mal à s’alimenter. »

Pour Mia, Stéphanie propose les berceuses accompagnées d’un piano à pouces. A un moment, la maman de Mia se met à chanter aussi. Pour les bébés qui sont sortis de la couveuse, Stéphanie peut les prendre dans ses bras, mais si les parents sont présents, elle privilégie leur implication. Pour la maman de Mia c’était très rassurant de voir Mia réagir à la musique dès les premières séances, parce qu’elle était très inquiète du manque de communication avec son bébé.

Une discipline pionnière qui attend d’être reconnue

Une des rares musicothérapeutes spécialisées en néonatologie, Stephanie Lefebvre a fait toute sa formation en Allemagne. En France, la musicothérapie en néonatologie se résume à des interventions ponctuelles, alors que, selon Stéphanie, les bénéfices ne peuvent être observés que dans la régularité et la durée. Mais la musicothérapie en général souffre encore en France de peu de reconnaissance :

« C’est la deuxième année que la Faculté de médecine de Montpellier accueillit les formations en musicothérapie en néonatologie, ce qui veut dire que l’horizon s’ouvre petit à petit. Mais nous n’en sommes qu’aux débuts, et les difficultés liées au contexte de réductions budgétaires dans les hôpitaux publics ne nous facilitent pas la tâche. Dans les pays germanophones – Allemagne, Suisse germanique et Autriche – la musicothérapie en néonatologie est solidement implantée, avec des budgets considérables alloués à la recherche et une trentaine d’hôpitaux qui l’ont adoptée déjà. »

N’étant pas considérée comme appartenant au corps médical, Stéphanie ne peut pas être embauchée par l’hôpital de Creil et est payée par l’association de pédiatrie et néonatologie du GHPSO, qui arrive d’année en année, à lever des fonds pour maintenir sa présence à l’hôpital. Son intervention est limitée à deux après-midis par semaine, alors que les besoins au sein de la néonatologie à l’hôpital de Creil sont beaucoup plus importants.

Le service de néonatologie de l’hôpital de Creil a fait de ses recherches en soins de développement, dont la musicothérapie fait partie, une priorité et est devenu même le service pilote de la région dans le domaine. Un apport indispensable de l’humain pour être le plus à l’écoute des prématurés, de leurs besoins et de leur développement, comme le précise Cécile Barelle :

« L’intérêt pour la musicothérapie ces dernières années et les recherches qui se multiplient et qui apportent les preuves scientifiques par l’imagerie médicale, font petit à petit avancer les choses. Il faudrait maintenant que les universitaires et les practiciens réunissent leurs éfforts pour que la prise en charge de l’humain par la musicothérapie, et plus généralement, l’art-thérapie, qui ont fait leurs preuves sur le terrain- soit reconnue au même titre que la prise en charge médicale,» conclut Stéphanie Lefebvre.

Source : www.francemusique.fr

La Musique Aide les Bébés à Apprendre à Parler, Selon des Chercheurs

La Musique Aide les Bébés à Apprendre à Parler, Selon des Chercheurs(AFP) – La musique aide les bébés à apprendre à parler, selon une petite étude publiée lundi aux Etats-Unis qui s’est penchée sur les comportements de nourrissons participant à des jeux de rythmes musicaux.

Les chercheurs ont comparé 20 enfants de neuf mois apprenant à reproduire des rythmes de musique en tapant sur un petit tambour dans un laboratoire à 19 autres nourrissons du même âge jouant avec d’autres jouets, comme des voitures ou des cubes.

Ils ont constaté que les enfants dans le groupe des jeux musicaux montraient une plus grande activité dans des régions du cerveau importantes pour détecter les traits vocaux et musicaux, ce qui est important pour l’apprentissage du langage.

« Notre étude est la première menée avec de très jeunes enfants qui suggère que le fait d’être exposé à des rythmes musicaux tôt peut aussi améliorer la capacité à détecter les rythmes dans le langage et aussi à les anticiper », explique Christina Zhao, une chercheuse à l’Institut de l’apprentissage et des sciences du cerveau (I-LABS) à l’université de Washington (nord-ouest).

Elle est le principal auteur de ces travaux parus dans les Comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS).

« Cela signifie qu’une stimulation musicale précoce peut avoir des effets plus étendus sur les capacités cognitives », ajoute-t-elle.

Les nourrissons et jeunes enfants font l’expérience d’un environnement complexe dans lequel les sons, les lumières et les sensations varient constamment, relève Patricia Kuhl, co-directrice de l’I-LABS, et co-auteur de ces travaux.

« Pour acquérir la capacité de parler, ils doivent pouvoir reconnaître les tons et les rythmes et aussi les anticiper », explique cette scientifique, notant que cette capacité de perception sonore « est une aptitude cognitive importante », et que « le fait de l’améliorer tôt dans la vie paraît avoir des effets durables sur l’apprentissage ».

Le langage, comme la musique, a des caractéristiques rythmiques très fortes, soulignent ces chercheurs. Ainsi, le rythme des syllabes aide à distinguer les sons et à comprendre ce que dit une personne. Et c’est la capacité à identifier les différences dans les sons qui aide les bébés à apprendre à parler, expliquent-ils.

Pour tester les effets d’un apprentissage musical, les 20 bébés ont participé pendant un mois à douze sessions de quinze minutes dans le laboratoire avec leurs parents qui guidaient leurs activités. Il s’agissait de battre la mesure sur des chansons infantiles à trois temps, comme une valse, sous la direction d’un chercheur.

Un semaine après la fin de l’expérience, tous les bébés ont été soumis à un scanner pour déterminer les endroits précis de leur cerveau où se produisait une activité alors qu’ils écoutaient une série de sons musicaux et des mots selon des rythmes occasionnellement altérés.

Les enfants venant du groupe des jeux musicaux ont tous eu des réactions cérébrales plus fortes, montrant qu’ils pouvaient mieux détecter ces altération rythmiques que les nourrissons du groupe témoin.

Les chercheurs ont concentré leurs observations sur deux régions cérébrales, le cortex auditif et préfrontal, clé pour l’attention et la concentration.

Source : www.ladepeche.fr

La Musique Aiderait les Bébés à Apprendre à Parler

La Musique Aiderait les Bébés à Apprendre à ParlerLa musique aide les bébés à apprendre à parler, selon une petite étude publiée lundi aux Etats-Unis qui s’est penchée sur les comportements de nourrissons participant à des jeux de rythmes musicaux. Les chercheurs ont comparé 20 enfants de neuf mois apprenant à reproduire des rythmes de musique en tapant sur un petit tambour dans un laboratoire à 19 autres nourrissons du même âge jouant avec d’autres jouets, comme des voitures ou des cubes.

Ils ont constaté que les enfants dans le groupe des jeux musicaux montraient une plus grande activité dans des régions du cerveau importantes pour détecter les traits vocaux et musicaux, ce qui est important pour l’apprentissage du langage.

« Notre étude est la première menée avec de très jeunes enfants qui suggère que le fait d’être exposé à des rythmes musicaux tôt peut aussi améliorer la capacité à détecter les rythmes dans le langage et aussi à les anticiper », explique Christina Zhao, une chercheuse à l’Institut de l’apprentissage et des sciences du cerveau (I-LABS) à l’université de Washington.

Elle est le principal auteur de ces travaux parus dans les Comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS).

« Cela signifie qu’une stimulation musicale précoce peut avoir des effets plus étendus sur les capacités cognitives », ajoute-t-elle.

Les nourrissons et jeunes enfants font l’expérience d’un environnement complexe dans lequel les sons, les lumières et les sensations varient constamment, relève Patricia Kuhl, co-directrice de l’I-LABS, et co-auteur de ces travaux.

« Pour acquérir la capacité de parler, ils doivent pouvoir reconnaître les tons et les rythmes et aussi les anticiper », explique cette scientifique, notant que cette capacité de perception sonore « est une aptitude cognitive importante », et que « le fait de l’améliorer tôt dans la vie paraît avoir des effets durables sur l’apprentissage ».

Le langage, comme la musique, a des caractéristiques rythmiques très fortes, soulignent ces chercheurs. Ainsi, le rythme des syllabes aide à distinguer les sons et à comprendre ce que dit une personne. Et c’est la capacité à identifier les différences dans les sons qui aide les bébés à apprendre à parler, expliquent-ils.

Pour tester les effets d’un apprentissage musical, les 20 bébés ont participé pendant un mois à douze sessions de quinze minutes dans le laboratoire avec leurs parents qui guidaient leurs activités. Il s’agissait de battre la mesure sur des chansons infantiles à trois temps, comme une valse, sous la direction d’un chercheur.

Un semaine après la fin de l’expérience, tous les bébés ont été soumis à un scanner pour déterminer les endroits précis de leur cerveau où se produisait une activité alors qu’ils écoutaient une série de sons musicaux et des mots selon des rythmes occasionnellement altérés.

Les enfants venant du groupe des jeux musicaux ont tous eu des réactions cérébrales plus fortes, montrant qu’ils pouvaient mieux détecter ces altération rythmiques que les nourrissons du groupe témoin.

Les chercheurs ont concentré leurs observations sur deux régions cérébrales, le cortex auditif et préfrontal, clé pour l’attention et la concentration.

Source : www.dhnet.be

Prématurité : La musicothérapie apporte de l’humanité dans les soins

Prématurité : La musicothérapie apporte de l'humanité dans les soinsOn considère qu’un enfant est prématuré s’il naît avant 37 semaines d’aménorrhée. C’est le cas d’environ d’un nouveau-né sur 10 et c’est le cas au CHU de Bordeaux, où ces petits prématurés et leurs familles vont trouver toute l’expertise du centre de recours régional pour les soins et le suivi des grands prématurés. Ainsi, en 2015, le plus petit bébé accueilli dans l’unité de réanimation pédiatrique, né à 24 semaines d’aménorrhée, ne pesait que 460 grammes. Pour les équipes de réanimation néonatale et de néonatologie et tous les professionnels impliqués (équipe paramédicale, médecins, kinésithérapeutes, psychomotriciens, psychologues, diététiciennes), l’enjeu est humain tout autant que technique. L’incursion de la musicothérapie et du chant dans ce contexte hautement technologique apporte un regard différent sur les pratiques de soins.

Au CHU de Bordeaux, sur les plus de 5.000 naissances prises en charge chaque année, un peu plus de 10% soit plus de 550 sont prématurées. Ces nouveau-nés nécessitent des soins techniques d’une très grande précision et une surveillance toute particulière de leur confort physique et psychique. Une expérimentation originale autour du chant, menée par l’équipe de réanimation pédiatrique semble aujourd’hui apporter une pause et un temps d’échange dans un contexte de soin souvent bruyant et bouleversant.

Associés par l’équipe à la démarche de soins, partenaires de ce projet de naissance mais aussi des complications possibles, les parents, confrontés à la fragilité de l’existence de leur tout petit, vivent en effet des moments bouleversants. Dans certains cas, l’état du nouveau-né peut se dégrader, avec des complications graves (neurologiques, respiratoires, digestives ou cardio-circulatoires) et exposer l’enfant à un risque vital. D’autres fois, c’est la très grande immaturité de l’enfant qui est la cause de difficultés. La prise en charge des défaillances vitales dans ces situations extrêmes obligent d’avoir les capacités, en équipe, de s’interroger sur le caractère raisonnable ou pas de la poursuite de la réanimation.

Un contexte de soins sonore et agressif : le contexte de prise en charge de ces petits prématurés est hautement technique et parfois bruyant : Les équipements utilisés pour la prise en charge et la surveillance des prématurés bénéficient d’une technologie de plus en plus performante (ventilateurs, appareil d’échocardiographie, surveillance neurologique). Ils permettent l’excellence du soin apporté à ces enfants et nécessitent des formations régulières et de haut niveau pour les équipes. Mais l’univers de soin reste sonore et agressif.

Le chant pour faire une pause : alors que les patients, soignants et familles évoluent dans un environnement bruyant, l’équipe soignante a eu l’idée d’initier ce projet de musicothérapie couvrant la réflexion sur l’environnement sonore, la musique et le chant. L’expérimentation montre que la musique renforce les liens entre les différents acteurs et l’enfant. « Grâce au chant, l’enfant se détend, entre en communication, est à l’écoute. Nous observons des parents qui s’en saisissent pour créer ou renforcer le lien auprès de leur enfant et lui apporter un moment d’apaisement. Des moments parfois magiques avec des cultures différentes, des échanges intergénérationnels, un instant où le temps s’arrête. » témoigne Marie-Pierre Rodriguez, cadre de santé de l’unité de réanimation pédiatrique et néonatale.

Source : www.santelog.com

La Musicothérapie Pour le Bébé Prématuré

La Musicothérapie Pour le Bébé PrématuréLe nouveau-né qui arrive un peu avant son temps n’est pas tout à fait prêt encore à affronter le monde, mais il y est déjà. Son univers sensoriel, sonore, tactile, visuel est grandement sollicité. Comment la musique peut-elle l’aider à ne pas se sentir envahi et à développer un espace de sécurité?

Le corps sonore
L’audition est un sens qui s’active déjà à la phase fœtale. Le bébé, semble-t-il, pourrait percevoir dans son milieu aquatique les sons et les vibrations non seulement à travers l’ouïe, mais aussi à travers la peau et les os. Si nous considérons que nous sommes un corps vibrant, que nous résonnons aux sons qui nous entourent, il est intéressant d’envisager l’utilisation de la musique comme moyen de rejoindre le fœtus, le bébé ou le jeune enfant ainsi que les parents.

Commençons par la période prénatale. L’enfant à naître peut déjà percevoir et engraver dans sa mémoire corporelle, c’est-à-dire sensorielle, la voix de sa mère. Il est au cœur même de sa mère qui est elle-même un corps sonore. On dit souvent en musicothérapie que le corps humain est un instrument de musique, il est comme une caisse de résonance avec son ossature, sa musculature, sa peau, ses cordes vocales, son souffle, qui vibre au diapason de tout ce qui l’entoure. Nous sommes l’instrument à vent, mélodique. Nous sommes les percussions, rythmiques. Et la musique est cet alliage de mélodie, de rythme, de sonorité instrumentale… à laquelle nous vibrons et nous réagissons.

Les approches en musicothérapie
À partir de cette résonance, nous révélons notre propre identité sonore qui nous caractérise et c’est à partir de cet aspect unique que les musicothérapeutes travaillent. Ils guident l’enfant ou l’adulte sur le chemin de la croissance en l’aidant à puiser dans ses propres ressources.

Fondamentalement, la musique est expression et communication. D’ailleurs, le son fut l’un des tous premiers éléments essentiels à la survie chez les peuples anciens, un moyen d’expression et de communication. Ils communiquaient entre eux et à de très grandes distances par le son. Car l’oreille est notre système de vigilance et d’alarme. Nous développons dès la naissance, sinon dans le milieu utérin, un répertoire de reconnaissance de sons qui vont de l’agréable jusqu’à nous indiquer un danger. C’est ainsi que l’oreille nous conditionne à toutes sortes d’émotions, de plaisir, de peur, de surprises…

C’est pourquoi il est très intéressant de travailler en musicothérapie dès la grossesse. Il apparaît que la musique que la mère écoute pourrait aussi être entendue à partir de 4-5 mois de gestation par le fœtus. De même, nous savons que la musique peut procurer un sentiment de bien-être chez un individu, dans ce cas-ci la mère, donc il est possible que le bébé à naître en bénéficie aussi par extension.

En musicothérapie, nous utilisons principalement l’improvisation instrumentale et vocale, la composition et l’utilisation de chansons, l’audition de musique sélectionnée selon les besoins particuliers. Il est à noter qu’aucune connaissance musicale n’est nécessaire pour bénéficier d’une musicothérapie.

Le musicothérapeute a une formation universitaire en musique en plus d’avoir étudié les approches thérapeutiques, il est donc à même de potentialiser tous les éléments musicaux : rythme, mélodie, instrumentarium, styles divers… Il connaît un très large répertoire de musique, en passant par tous les styles, de l’époque grégorienne, baroque, romantique… jusqu’à nos jours avec la musique contemporaine et populaire… tout ça dans le but de répondre aux besoins individuels et de proposer des musiques auxquelles la personne peut s’identifier. Car on ne peut pas généraliser sur les effets de la musique, les goûts et les affinités sont très personnels. Il faut donc se méfier des « cassettes toutes faites » qui prétendent à des effets très spécifiques. Une musique de Mozart peut très bien rejoindre une personne dans ce qu’elle a besoin, mais cette même musique peut n’avoir aucune résonance pour une autre et c’est très bien ainsi.

Les musicothérapeutes travaillent donc avec les parents qui attendent un bébé en choisissant des musiques ou des chansons significatives. On peut aussi encourager les parents à improviser sur des instruments et avec la voix ou à composer des chansons personnalisées spécialement pour leur enfant.

Durant l’accouchement, il peut être intéressant de travailler avec les parents sur un montage sonore personnalisé pour accompagner les étapes de l’accouchement, par exemple durant les moments de récupération. Ce montage peut se composer de pièces instrumentales ou vocales enregistrées connues ou composées, de chansons significatives ou toutes autres compositions sonores qui rejoignent les parents.

Une fois l’enfant né, c’est une excellente d’idée de jouer les pièces ou les chansons entendues durant la grossesse afin d’établir une sécurité, un environnement sonore connu.

Emmailloter le bébé prématuré de sons sécurisants
Dans le cas d’un enfant prématuré, nous savons que tout milieu hospitalier de soins intensifs ou critiques engendre un stress considérable autant pour l’enfant que pour les parents : le va-et-vient, les alarmes des appareillages.

Le nouveau-né qui arrive un peu avant son temps n’est pas tout à fait prêt encore à affronter le monde, mais il y est déjà. Son univers sensoriel, sonore, tactile, visuel est grandement sollicité. Comment la musique peut-elle l’aider à ne pas se sentir envahi et à développer un espace de sécurité?

La musique a le pouvoir de capter l’attention et par le fait même, d’atténuer les sons environnants. Une des raisons est que la musique touche directement aux systèmes plus « primitifs » du cerveau qui demandent moins d’efforts cognitifs, entre autres le système limbique, siège de l’affect. La musique court-circuite le niveau cognitif ou intellectuel de l’enfant qui n’est pas encore à maturité, c’est le monde du senti qui est son principal lien avec le monde extérieur.

C’est pourquoi le développement de l’oreille de l’enfant et son environnement sonore sont cruciaux. Avant toute intervention, il faut être au fait des déficits auditifs et s’y ajuster. Les éléments de fluctuations, de volume dans la musique, de choix et de qualité sonore des instruments sont quelques-uns des aspects qu’il faut prendre en ligne de compte.

Ce qu’il y a d’exceptionnel avec la musique, c’est qu’elle s’adapte justement à tous les niveaux de fonctionnement. La musique choisie ou improvisée par le musicothérapeute devient comme un miroir sonore de l’enfant qui s’ajuste selon son évolution. Ainsi, l’enfant entend sa propre réciprocité dans le son.

La musique peut aussi servir d’enveloppe sonore, comme pour emmailloter l’enfant de sons sécurisants. Le premier instrument à utiliser est la voix, principalement la voix de la mère. C’est l’instrument le plus puissant et le plus intime à la fois. Quand l’enfant est collé sur sa poitrine, il sent toutes les vibrations que la voix produit, il est déjà familier avec la voix parlée, mais la voix murmurée, chantée, ajoute l’élément berceur de la mélodie, pleine d’une intention affective et aimante. Car l’enfant saisit très bien l’intention dans la voix même s’il ne comprend pas les mots.

On peut aussi lui faire entendre des pièces musicales instrumentales ou vocales choisies pour leur qualité mélodique et rythmique. Ici la simplicité est un élément essentiel. Il faut toujours se rappeler que l’individu qui écoute la musique doit pouvoir la soutenir, donc si l’intensité est trop grande, la musique va plutôt produire l’effet contraire et l’écraser; et si l’intensité est insuffisante, elle ne va pas rejoindre l’individu. La musique est toujours choisie en fonction du niveau physique et psychologique de l’enfant. Les comptines, les chansons folkloriques et traditionnelles sont excellentes à cause de leurs phrasés mélodiques et rythmiques simples faciles à se remémorer. Elles se sont transmises de génération en génération par voie orale.

Comment donc savoir si la musique est appropriée ou adéquate? L’un des meilleurs guides pour en saisir l’impact sur l’enfant est son langage corporel, son état de tension ou de détente, ses signes vitaux (pression artérielle, pulsation, respiration) et la prise de poids chez l’enfant prématuré. Ce qu’il faut se rappeler le plus, c’est qu’il faut protéger l’oreille de l’enfant, en même temps qu’il faut l’exposer à des sons signifiants et qui contribuent positivement à son développement.

De retour à la maison

Une fois de retour à la maison, il est important d’instituer un environnement sonore adéquat. À quoi voulons-nous exposer l’enfant? À une structure sonore sécurisante, stable ou à une pollution sonore et des bruits inutiles et agressants qui sèment la confusion?

La première étape est de faire « l’inventaire » des sons qui nous entourent, d’abord à la maison, car ce sera le premier nid de l’enfant à l’extérieur du ventre de la mère. Il y a évidemment des sons que nous subissons, mais dans la mesure du possible, il faut tenter d’éliminer les sons inutiles, comme la télévision ou la radio si personne ne l’écoute.

Par la suite, il peut être intéressant d’avoir un espace un peu « sacré » qui installe une atmosphère, un lieu pour écouter une musique choisie, agréable tant pour les parents que pour l’enfant. Ce temps peut se partager durant l’allaitement ou tout simplement à un moment de la journée que l’on veut presque un rituel souple, afin de développer l’anticipation, le plaisir et la détente.

Il est aussi très important pour le développement affectif de l’enfant de lui chanter des chansons personnalisées, improvisées sur le moment. On le sait, dès l’Antiquité, Platon lui-même avait observé le comportement de l’enfant qui s’apaise à l’écoute d’une berceuse.

Le développement de l’enfant
Quand l’enfant grandit, la musique contribue de façon exceptionnelle à son développement global, quels que soient l’âge ou les difficultés physiques, cognitives ou affectives. En voici quelques exemples. Les chansons personnalisées l’aident à développer son identité personnelle et sa créativité. Les activités de rythmique contribuent à son développement moteur. L’improvisation instrumentale développe ou peut aider à corriger la latéralisation quand l’enfant joue d’un instrument. Elle contribue aussi à la socialisation quand les enfants partagent et jouent en petit groupe sur des instruments adaptés à leurs capacités.

En musicothérapie, il faut garder en tête que le but n’est pas éducatif même si les activités et les résultats peuvent sembler les mêmes. L’objectif principal est que l’enfant développe son potentiel maximum à l’aide de la musique. La musique qui est source de créativité où l’enfant s’exprime à sa façon, à son rythme, selon ce qu’il est. En musicothérapie, aucune forme d’expression n’est imposée. Le but n’est pas l’apprentissage en tant que tel d’un instrument. Par contre, l’impact de la thérapie et de la musique pourra peut-être favoriser des apprentissages généraux. Car la musique comporte une structure qui encadre, qui fait appel aux deux hémisphères cérébraux, donc autant du côté analytique qu’intuitif.

Il existe parfois des malentendus quant à la définition de la musicothérapie. Ce qu’il faut se rappeler, c’est que la musique peut être thérapeutique pour plusieurs qui en font ou en écoutent et c’est excellent! Mais quand nous parlons de recevoir des services de musicothérapie, c’est qu’ils sont dispensés par une personne qualifiée, professionnelle qui s’est spécialisée dans le domaine de la santé, de l’éducation ou des services sociaux, qui a reçu une formation universitaire en musique et en thérapie. Parce que oui, nous le répétons souvent, tout un chacun peut provoquer des effets physiologiques et affectifs avec la musique. Mais qu’arrive-t-il au moment de récupérer ces mêmes effets si nous ne sommes pas thérapeutes? De plus, dans le cas de la prématurité, la connaissance de l’oreille et des déficits associés est cruciale.

Le musicothérapeute, de plus, maîtrise les éléments musicaux et sait comment les utiliser de façon optimale. Il conduit une évaluation initiale qui sert à dresser un portrait musical, expressif, communicatif de l’enfant. Ce ne sont pas du tout les compétences musicales qui sont évaluées, mais plutôt la façon d’utiliser la musique pour s’exprimer. Par la suite, ce sont les ressources de l’enfant ou des parents qui sont utilisées pour développer l’expression et la communication ou tout autre objectif poursuivi.

Pour votre usage personnel, afin de vous bâtir une discographie intéressante pour la famille, nous vous recommandons d’emprunter des disques dans les bibliothèques ou d’assister à des concerts de toutes sortes, afin que vous puissiez trouver la musique qui vous convient le mieux à vous et à l’enfant. C’est un peu comme en cuisine, il y a d’infinies possibilités! Il faut explorer, être curieux, offrir à tous nos sens l’expérience de la découverte. Car la musique est aussi couleur, goût, senti…

Par contre, si vous désirez des services de musicothérapie, il est important de vérifier la formation et l’appartenance à une association professionnelle, car le musicothérapeute est aussi soumis à un code de déontologie dans sa pratique.

Source : www.mamanpourlavie.com

Cabinet de Musicothérapie Sandrine Bedu