Epilepsie : la musique, le traitement du futur ?

Epilepsie : la musique, le traitement du futur ?Une expérience a montré une grande réceptivité des personnes épileptiques à la musique. Des travaux ouvrant potentiellement une nouvelle piste dans la prise en charge de cette hyperexcitabilité de certains neurones.

Voici une bien agréable façon d’envisager la prise en charge de l’épilepsie : écouter de la musique. Une piste sérieusement envisagée par une équipe de chercheurs du centre médical Wexner de l’université d’Etat d’Ohio. Ces derniers ont en effet présenté une étude intéressante lors du 123e Congrès annuel de l’association américaine de psychologie. Laquelle a mis en évidence la façon très différente dont la musique est traitée par le cerveau des personnes souffrant de cette hyperexcitabilité de certains neurones.

Il se trouve que la grande majorité des cas d’épilepsie a pour origine un dysfonctionnement dans le lobe temporal (en rouge dans l’animation ci-contre). Or les sons, et donc la musique, sont eux traités par le cortex auditif qui se situe sur la partie supérieure du lobe temporal. Les chercheurs ont ainsi observé les capacités de traitement de la musique par le cerveau chez 21 patients atteints d’épilepsie suivis entre septembre 2012 et mai 2014. Puis ils les ont comparés aux observations faites chez des individus non atteints. L’activité cérébrale de ces deux groupes de volontaires était surveillée à l’aide d’un électroencéphalogramme (EEG) qui permet, par le biais d’électrodes placées sur le cuir chevelu, l’enregistrement graphique des différences de potentiel électrique produites au niveau de l’écorce cérébrale.

Nous avons été très surpris par nos découvertes

Les chercheurs ont ainsi enregistré les ondes cérébrales des volontaires qui, après 10 minutes de silence, devaient écouter le second mouvement de la Sonate K448 pour deux pianos de Mozart ou My Favorite Things de John Coltrane (deux morceaux formidables soit dit en passant dont on ne résiste pas à vous proposer l’écoute en bas de ce papier). Résultat : le niveau d’activité cérébrale était plus élevé chez les patients épileptiques lorsqu’ils écoutaient de la musique. Surtout, les ondes enregistrées chez les épileptiques avaient tendance à mieux se synchroniser avec la musique que chez les non-épileptiques. « Nous avons été très surpris par nos découvertes, explique Christine Charyton, co-auteur de l’étude. Notre hypothèse de départ était que la musique et le silence étaient traités différemment par le cerveau. Mais nous ne savions pas si cela allait être différent ou similaire chez les personnes atteintes d’épilepsie. » Autrement dit, l’expérience a montré que chez les personnes atteintes d’épilepsie du lobe temporal, la réceptivité du cerveau à la musique était suffisamment importante pour envisager de s’en servir dans la prise en charge des crises. « Nous croyons que la musique pourrait potentiellement être utilisée pour aider les personnes atteintes d’épilepsie », a expliqué Christine Charyton lors de la présentation de ces travaux.

Toutefois, pas question pour la chercheuse d’envisager que la musique puisse se substituer aux traitements actuels qui s’attaquent essentiellement aux symptômes des crises. Mais ces recherches suggèrent en revanche que la musique pourrait tout à fait être envisagée en complément des dits traitements.

Ci-dessous, les deux morceaux utilisés par les chercheurs pour leur expérience :

La Sonate K448 de Mozart :

My Favorite Things, extrait de la comédie musicale La Mélodie du bonheur, repris par John Coltrane :

Source : www.sciencesetavenir.fr